En tournée

CARTE NOIRE NOMMÉE DÉSIR

Création novembre 2021 • En tournée saisons 21-22, 22-23, 23-24, 24-25

Comme pour une « carte blanche » qui formule une invitation à créer, je veux inviter pour Carte Noire nommée Désir une distribution exclusivement composée de personnes Noires assignées femmes. L’agencement scénique mime un dispositif bi-frontal : un « public » de femmes Noires face au reste du public assiste comme lui, à un spectacle performatif qui traite de la construction du désir chez ces femmes Noires sus-citées. La non-mixité est un outil indispensable à l’émancipation des minorisé.é.s (ho- mosexuel.le.s, Noir.e.s, Femmes…) : cet agencement ne cherche pas à opposer ses publics, mais à mettre en relief ses perceptions (temporelles, spatiales, émotionnelles) différentes selon l’espace occupé et de préciser les contours d’une rencontre entre ces deux « publics ». Car il ne s’agit là que d’orchestrer une rencontre, s’il fallait insister sur ce point. La matière textuelle, d’abord travaillée avec ma complice Au- rore Déon et dont nous mettons en annexe des extraits, jaillira par moments de cet espace performatif, au centre. Nous y interrogeons la manière dont notre désir s’est construit par rapport à des injonctions paradoxales. « Le corps de la femme Noire» » : comme s’il n’y en avait qu’un seul et unique.Le titre est aussi un hommage malfaisant à la publicité des années 90 de la célèbre marque de café Carte Noire.

Remarquant depuis des années, la multiplication des qualificatifs pour décrire les peaux non blanches en les comparant à des noms d’aliments sucrés ou des boissons chaudes, et poursuivant mon travail déjà largement initié sur mon rapport à la matière et à la nourriture, je n’ai pu m’empêcher de contrecarrer cette ironie du commerce : ces mêmes aliments qui durant la colonisation ont asservi nos ancêtres Noirs – sucre, café, cacao – en scénographiant un espace blanc, laiteux et glacé.Il est donc question de rencontres : celle, d’abord, de performeuses confirmées ou amatrices dont les pratiques sont comme la mienne, intriquées à leurs histoires intimes, à nous rencontrer autour des questions soulevées ici. Et puis c’est aussi la rencontre d’un public à un autre – afin de dessiner une histoire panafricaine féministe : une Carte Noire… nommée Désir.

 

Rébecca Chaillon

REVUE DE PRESSE
Texte et mise en scène Rébecca Chaillon
Le texte Je ne suis pas votre Fatou est de Fatou Siby
Avec Bebe Melkor-Kadior, Estelle Borel, Rébecca Chaillon, Aurore Déon, Maëva Husband, Ophélie Mac, Makeda Monnet, Fatou Siby, Olivia Mabounga
Dramaturgie Céline Champinot
Assistanat à la mise en scène Olivia Mabounga / Jojo Armaing
Scénographies Camille Riquier et Shehrazad Dermé
Création & régie sonore Elisa Monteil
Régie générale & plateau Suzanne Péchenart
Création & régie lumière Myriam Adjalle
Collaborations artistiques Aurore Déon, Suzanne Péchenart, Luz Moreno et Anaïs Silvestro / Tools of food
Production / Développement L’Oeil Ecoute – Mara Teboul & Elise Bernard

WHITE WASHING

(performance issue de Carte Noire nommée désir) • Création 2019

Normalement, le « whitewashing », c’est le fait de faire jouer par des acteurs et actrices blanc•he•s le rôle de personnages (réels ou fictifs) racisés. Ici, Rébecca Chaillon s’approprie ce terme pour aborder la question du blanchiment de peau. Avec Aurore Déon, sur les pistes de la création Carte Noire nommée Désir, elles explorent les relations ambigües entre l’assignation à être une femme d’entretien dans la société blanche et l’entretien de soi, pour une femme noire.

Texte et mise en scène Rébecca Chaillon
Avec Rébecca Chaillon et Aurore Déon
Régie générale & plateau Suzanne Péchenart
Traduction et surtitrages Lisa Wegener
Production / Développement L’Oeil Ecoute – Mara Teboul & Elise Bernard

OÙ LA CHÈVRE EST ATTACHÉE IL FAUT QU'ELLE BROUTE

Création 2018 • En tournée les saisons 21-22, 22-23, 23-24, 24-25

Dix personnes nées assignées femmes, pratiquant le football dans l’équipe des Dégommeuses ou ayant une pratique scénique du corps dans l’effort, se rencontrent sur un terrain commun, celui de la performance, sportive et artistique. Dans le temps du match et avec ses codes, elles se mettent en jeu dans une histoire généralement présentée comme appartenant aux hommes. Elles se réapproprient ce sport plusieurs fois confisqué aux femmes, et racontent une histoire politique des corps, des identités féminines et du football. Une approche intersectionnelle des discriminations rencontrées dans la société, où se mêle performances, musique en direct et poésie.

J’ai emprunté ce titre à une expression populaire, extraite d’un livre de Guillaume Bouchet Les Sérées (1598). Il évoque l’obligation de se conformer, de s’accommoder à l’état ou la situation où l’on se trouve. La chèvre dans le Dico du Parler Foot de Baptiste Blanchet et Jean-Damien Lesay, c’est une analogie au joueur « qui se contente de fouler l’herbe du terrain sans rien apporter à son équipe ». Et pour moi, dans la chèvre et dans cette expression, il y a une animalisation de la femme et un rappel à la réplique homophobe faite aux femmes qui « broutent le gazon ».
J’ai rencontré le football par accident. Par provocation, je m’y suis plongée, moi, femme artiste lesbienne noire et ronde de 30 ans avec la volonté de mettre le nez dans un endroit où il semblait que mon corps n’avait pas sa place. En revanche, je semblais parfaitement coller au cliché des femmes qui aiment le foot, les « sûrement lesbiennes », les « garçons manqués ».
C’est comme cela que j’ai abordé l’équipe des Dégommeuses, que je m’y suis intégrée, participant aux entrainements, aux afters dans le Bar des Sports du quartier, aux matchs où depuis les gradins de Charléty nous déroulions le drapeau LGBTQIA+… J’ai adhéré à l’univers du foot féminin avec la passion d’une fan de girls band. Les Dégommeuses étaient, avec cette équipe, à un endroit complètement inattendu, puisqu’elles affichaient volontairement leur sexualité, lesbienne et bi, et accueillaient quelques hommes transgenres. En France, aucune joueuse n’a fait son coming-out. Les Dégommeuses, c’est donc un pied de nez. L’équipe est mixte en âge, en classe, en race, accueille des personnes réfugiéEs, sans papiers, activistes exiléEs et favorise leur insertion par le sport. Le militantisme des «Dégo » m’a entrainée vers un questionnement intersectionnel des discriminations, et une nécessité d’aborder l’intime des corps, des sexualités, dans un contexte sportif à la fois physique et politique.

Une des formules qui revenait d’ailleurs beaucoup au début, lors du premier laboratoire avec l’équipe du spectacle était « je veux travailler sur l’épuisement des corps ». Un corps qu’on voit se maintenir, lutter, souffrir puis s’échouer.Assez vite, le souvenir de la course d’endurance, torture du collège, où je tournais sans but autour de mon gymnase m’exposant au regard d’un homme avec son chronomètre qui lui ne bougeait pas, m’est revenu. Je m’exposais au regard des autres élèves, je faisais partie d’une masse qui court, nous avions des objectifs selon nos sexes et nos pulsations cardiaques. Je trouvais cela absurde mais j’obéissais. Courir sans autre but que découvrir son endurance personnelle. J’ai eu envie de partir de là.
Faire entendre les parcours de personnes qui endurent dans le sport et dans la vie sous le regard des autres, à travers mon regard et ce que je sais d’elleux et puis par moments, croiser ma parole à la leur via des interviews improvisées. J’ai voulu d’emblée mélanger des véritables praticiennes de sport, et des praticiennes de la scène, afin d’induire un trouble (il y a d’ailleurs des doubles parcours dans l’équipe) et fabriquer une équipe de performeuses. Cette équipe a pour volonté de questionner au plateau les discriminations dans le football, et donc à plus grande échelle dans la société. Présenter dix individuEs nées femmes, dans leurs complexités, leurs paradoxes face à ce sport, sur un terrain réduit à son mininum: un rectangle de terre, un vestiaire fantasmé, les gradins au centre du regard.
Qui dit discrimination, dit violence et domination. Aujourd’hui le football n’est pas un sport inclusif, il est régi par des hommes, par un système capitaliste qui en fait commerce, et il vient exacerber un nationalisme violent. J’avais envie d’aborder le sexisme, le racisme, les Lgbtphobies, l’handiphobie,l’agisme… et tous ces endroits de hiérarchisation des individu.e.s, tout en conservant une parole intime. Le football est approprié à cette recherche autour des identités féminines. Il permet d’interroger la communauté des femmes dans leur diversité, de questionner la nécessité de la non-mixité et de montrer l’individuE au sein d’un groupe de pairs. Qu’est ce qu’une supportrice, une joueuse amatrice, une Dégommeuse, une joueuse professionnelle ? J’incarne pendant la performance, le personnage isolé, celle qui ne joue pas, mais qui endure malgré tout, c’est l’arbitre, le/la coach, le/la dirigeantE, l’homme/la femme qui regarde les femmes jouer, c’est l’individuE face au groupe. C’est le regard omnipotent de la metteuse en scène/autrice qui suit et nous fait suivre le spectacle qui se déroule.
Rébecca Chaillon

Texte et mise en scène Rébecca Chaillon
Collaboration artistique Céline Champinot
Assistanat à la mise en scène Élisa Monteil
Equipe Rébecca Chaillon, Elisa Monteil, Adam M, Adèle Beuchot-Costet, Marie Fortuit, Patricia Morejon, Audrey le Bihan, Yearime Castel y Barragan, Mélanie Martinez Llense, Etaïnn Zwer
Compositon musique et interprétation live Suzanne Péchenart
Chanson/hymen de la Fifoune Anouck Hilbey
Création et régie lumière / Création sonore / scénographie Suzanne Péchenart
Régie générale, son et vidéo Marinette Buchy
Régie générale Gaëlle Grassin
Développement / production, L’oeil écoute – Mara Teboul & Elise Bernard
Production, Cie Dans Le Ventre Coproduction, CDN de Normandie-Rouen, La Ferme du Buisson – Scène Nationale de Marne-la-Vallée, Mains d’Oeuvre, Le Phénix – Scène Nationale de Valenciennes, 232U Théâtre de Chambre. Soutien, Carreau du Temple, établissement culturel et sportif de la Ville de Paris.