Créations à venir

PLUTÔT VOMIR QUE FAILLIR

Du collège, je garde le souvenir amer de n’avoir rien compris à ce qu’il m’arrivait De prendre de pleine face et sans casque les codes d’une société nouvelle. D’avoir vécu mille violences et perditions dans l’enceinte de mon corps et de la cour. Mes mots étaient vides de sens, je ne sais plus ce que je pensais à l’époque ni qui j’étais et si je regarde vingt ans en arrière, C’est de loin la période où j’aurais voulu qu’on mette sur ma vie des mots, des images à la hauteur de mes émotions. J’aurais voulu être sûre de ne pas rater le virage qui me mène à qui j’étais, j’aurais voulu que le trajet vers mon identité soit bien mieux balisé. Fraîchement adulte (19 ans) et douze années durant, je retraversais les cours des collèges, avec Entrées de Jeu, une compagnie de débat théâtralisé. Nous jouions devant des centaines d’élèves autour de la vie affective, de la violence, des dangers liés aux psychoactifs et aux écrans. Des milliers de représentations en salle de perm, au CDI, dans des réfectoires, à travailler avec l’infirmière, les CPE. Aujourd’hui, je sens que mon média de performeuse, que j’ai longtemps

cru réservé à des adultes, serait le juste endroit, Pour décrire l’intime en construction, l’intime parfois déjà en tempête, pour poser les questions qui fâchent, et les images douces et violentes, pour parler d’un corps individuel et collectif. Vomir comme un rejet nécessaire et viscéral, une protection contre quelque chose qu’on ne digère pas. Vomir contre un ordre établi, contre un cadre qu’on n’a pas choisi. J’ai envie de parler premières fois trop tôt et trop tard, boutons sur le front, poils partout et nulle part, seins qui poussent trop et pas assez, genre à l’envers, apprentissage de son corps, communication impos- sible avec la famille, famille sans passé nommé, fratrie décomposée, silence, silence, silence, coming out, foi de nos parents, foi à soi, dépendances et prises de risque, engagement militant numérique, jets de pensée, jets d’émotions, rejet de tout.

Création prévue le 29 novembre 2022 au CDN Besançon Franche-Comté
En tournée les saisons 23-24, 24-25
Mise en scène Rébecca Chaillon
Performeurs (quatre interprètes) Zakary Bairi (en cours)
Création documentaire sonore Élisa Monteil
Dramaturgie Céline Champinot
Création lumière Suzanne Péchenart
Scénographie Sherhazad Dermé
Design culinaire et recherche Luz Moreno et Anaïs Silvestro
Production Mélanie Charreton et Mara Teboul
Production déléguée CDN Besançon Franche-Comté

Coproduction Compagnie Dans le ventre, TPR – Centre neuchâtelois des arts vivants – La Chaux-de-Fonds, Mai- son de la Culture d’Amiens, Le Maillon Théâtre de Strasbourg – Scène européenne, Théâtre du Beauvaisis – Scène nationale, Le Phénix – Scène nationale de Valenciennes, Centre dramatique national Orléans / Centre Val-de-Loire, Le Carreau du Temple – Établissement culturel et sportif de la Ville de Paris

 

J’ai peur de vomir, depuis longtemps.Quand je suis malade, quand je suis saoulée, quand je serai enceinte, quand j’aurai un cancer du XXIème siècle.
Je retiens tout. Je force tout et contiens.
Je garde comme un secret dans mon corps serré.
Ou bien je préfère galérer clairement que de ma bouche ne jaillisse quoi que ce soit, hors une langue pour articuler et embrasser.
Parfois comme la pire surprise d’anniversaire, l’acide rampe le côté de mes joues et m’annonce que je ne pourrai rien faire que me laisser faire.
Je n’ai pas besoin de tenir mes cheveux afro ascendant, je cours et hurle dans letrou tout ce qui ne veut plus rester dans mon habitacle honteux.
J’ai peur de ce qui pourrait sortir de moi ou atterrir sur moi sans que je ne l’ai décidé.
Sueur d’endurance sous canicule, pus blessure, sébum qui coule, cérumen qui croute, crachat de peaux d’angoisse du tour de mes doigts sur ongles punkement rongés, point noir à point sur Noire.
Point à la ligne.
Peur.

 

CARTE D'OR

Création automne 2024 • En tournée saison 23-24, 24-25

Carte d’Or (titre provisoire) s’inscrit dans le prolongement de Carte Noire nommée Désir, au-delà d’une simple suite, Carte d’Or sera un spectacle impulsé par les zones aperçues mais restées inexplorées lors des temps de création du précédent opus. Si ce dernier interrogeait les questions du désir à travers la situation de femmes afrodescendantes, Carte d’Or articulera afrodescendance, foi etargent. En effet, les femmes noires ont héritées de valeurs et de croyances qui participent à notre place actuelle dans la société, et pour en parfaire le portrait, il s’agit d’ajouter à l’étude sociologique du croisement genre/race une densité sur les questions de classe et de religion. L’écriture d’un réel poétique, le propos politique tranchant et radical, la mise en espace des points de vue sur le monde, les images sont plastiques, les performances des corps qui s’écorchent, jouent, chantent lyrique, ou « cirquent » seront toujours les ingrédients de ce second opus.

Texte et mise en scène Rébecca Chaillon
Avec Bebe Melkor-Kadior, Estelle Borel, Rébecca Chaillon, Aurore Déon, Maëva Husband, Ophélie Mac, Makeda Monnet, Fatou Siby, Olivia Mabounga
Dramaturgie Céline Champinot
Assistanat à la mise en scène Jojo Armaing
Scénographies Camille Riquier et Shehrazad Dermé
Création & régie sonore Elisa Monteil
Régie générale & plateau Suzanne Péchenart
Création & régie lumière Myriam Adjalle
Collaborations artistiques Aurore Déon, Suzanne Péchenart
Production / Développement L’Oeil Ecoute – Mara Teboul & Elise Bernard